The Passion of Lagamas | Jeremy Hunt (fr)

Les trois poèmes de La Passion de Lagamas sont un artifice pour décrire la scène du dernier souper, la trahison et la passion du Christ dans le contexte contemporain du village de Saint Jean-de-Fos et du Château de Lagamas, dans la région du Languedoc, dans le sud de la France.

Musarc Choir. Photo by Yiannis Katsaris, 2014.
Musarc Choir. Photo by Yiannis Katsaris, 2014.

Le Jardin des Oliviers de Saint Jean-de-Fos. Le scénario fut élaboré alors que j’étais assis un matin à l’un des cafés de la place de Saint Jean-de-Fos, un village sur la Via Aegidiana menant d’Arles via Camino Francés à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le déroulement des personnages défilant sur la place m’évoqua progressivement une sorte de rituel ou de représentation théâtrale. L’idée d’une interprétation biblique se formait à travers l’observation d’une serveuse au sourire enjôleur et au déhanchement prononcé entre les tables, qui devint Marie-Madelaine. De là naquirent d’autres figures et les motos, cyclistes, ouvriers, oiseaux et cloches prirent leur place. Je gribouillai des notes et quelques phrases dans mon calepin et l’essentiel du poème prit forme in situ, ne le reprenant plus tard que pour y ajouter le nom correct de chacun des disciples. Le titre du poème originel – La Vision de Saint Jean-de-Fos, intègre une impression légèrement floue ou hallucinée, en hommage à la Vision de Fatima, avec les personnages et épisodes bibliques empruntés à la chronologie canonique. Le thème central du poème est la trahison. L’observateur ou lecteur est Judas l’Iscariot, qui ne réalise les conséquences de son acte que dans le mot Témoin. La dernière ligne – Noli me tangere – Ne me touche pas – est murmurée par un Jésus hors champ. Le poème est construit selon une répétition de structures ternaires en référence à la triple crucifixion imminente et du triple déni de Judas. Je voulais créer l’impression que l’intrigue se construit et de la soudaine prise de conscience que la crucifixion est sur point de survenir comme dans l’imagination de Judas. Et l’idée de Judas en tant qu’outsider – le nom Iscariot a été interprété comme le synonyme d’ « assassin » ou « rouquin » (les cheveux roux sont toujours un symbole dangereux dans la Bible). Judas est une métaphore pour l’artiste/écrivain au sens philosophique où les évènements ne sont connus que s’ils sont observés et consignés.

Jeremy Hunt. Photo by Yiannis Katsaris, 2014.
Jeremy Hunt, Musarc rehearsal. Photo by Yiannis Katsaris, 2014.

Les influences découlent de diverses sources. Certaines émotions personnelles ont trait à la résidence d’artistes au Château de Lagamas. La poésie occitane et la geste du troubadour ont certainement inspiré cet artifice. L’influence du film Orphée par Jean Cocteau et les Mystères Liturgiques de York se font aussi sentir. Les trois poèmes de La Passion de Lagamas sont emprunts de l’essence mais aussi de références directes aux personnes, art et nourriture assemblées au Château de Lagamas. Mais tous les résidents ne sont pas mentionnés, et les images du poème ne font pas toutes référence à Lagamas, alors qu’une bonne dose d’humour et de malice se conjugue au sérieux. Essentiellement, le poème célèbre la créativité collective, l’amour et le respect entre les participants de la résidence à Lagamas.

Musarc performance, photo by Yiannis Katsaris, 2014.
Musarc performance. Richard Mackenzie, lute and recorder; Peter Twitchin, organ. Photo by Yiannis Katsaris, 2014.

Le poème fut lu lors de la résidence à Lagamas en août 2013, et en janvier 2014 devant l’ensemble Musarc, à Londres. Je chante basse dans ce choir et Le Dernier Souper au Château de L’Agamàs et La Passion au Mont des Oliviers de L’Agamàs sont une commande de Joseph Kohlmaier, directeur artistique de Musarc, pour être interprétés avec Le Jardin des Oliviers de Saint Jean-de-Fos sous le titre La Passion de L’Agamàs et Jepthe, à la faculté Cass d’Architecture et Design, à Londres le 4 avril 2014.

Le Dernier Souper au Château de L’Agamàs et La Passion au Mont des Oliviers de l’Agamàs sont conçus comme librettos pour le choir Musarc, en conservant la structure du premier poème tout en en développant la thématique. Le Dernier Souper emprunte certains personnages du Vieux Testament pour préserver la matière de la trahison, et y mêle le thème de l’amour courtois, du chant, de la nourriture, des sons et musique dans le cadre d’un jardin en y intégrant des personnes et évènements de la résidence de 2013. La Passion au Mont des Oliviers de l’Agamàs offre à dessein une présentation plus théâtrale avec l’ajout de chants occitans pour le choir. Les poèmes sont entremêlés à un répertoire de madrigaux datant d’entre le 15ème et le 17ème siècles, par Henry Purcell, William Cornyshe, Orlando di Lasso, Claude Le Jeune, et Claudio Montiverdi. La mise en scène autour d’un café dans l’esprit de celui de Saint Jean-de-Fos, fut orchestrée par Melanie Pappenheim. La deuxième partie de la représentation présentait Jephté par Giacomo Carissimo, filant les thèmes du sacrifice, de la dévotion et de la trahison.

Le Menu fut élaboré pour l’ensemble Musarc en vue de célébrer la représentation du 4 avril, liant les processus créatifs que sont l’écriture, le chant et la cuisine. Les recettes s’inspirent des traditions provençales et italiennes et sont symboliques du dernier souper, de la trahison et de la passion du Christ. Elles sont aussi un hommage à la convivialité de la table au Château de Lagamas.

Musarc Choir performing at the Metropolitan University, London. Photo by Yiannis Katsanis, 2014.
Musarc Choir performing at the Metropolitan University, London. Photo by Yiannis Katsanis, 2014.