Friday pétanque | Pétanque du vendredi
Friday pétanque with Lagamas locals | Pétanque du vendredi entre Lagamasois

Lagamas is a small village in the south of France with a population of around one hundred inhabitants. Quiet and quaint, it is a perfect place for reflection and immersion in an atmosphere of creativity. One of the missions of The Cornelius Foundation, which launched an artists’ residence there in 2013, is to reconcile art and the public, to establish a link between the work, its author and its viewer. To this end, numerous actions have taken place to engage people in the life of the residency.

The establishment of an artists’ residency in the rural environment is not such an unusual practice. However, to be in harmony with the local environment it is necessary to respect your audience, and understand the regional modes of life. Attached to their origin and nature, Lagamasois  appreciate the attractions of the countryside through its wine, olives and quality of daily life. Far from the bustle of the big cities, they are curious and open to new experiences, but unfamiliar with the practices of contemporary art.

So we opened the doors of the 2013 residence to allow the two worlds of the countryside and art to meet. An inaugural day, weekly pétanque games, film screenings, studio visits, along with wine and olive oil tasting and the consumption of local specialties helped to create friendly relations between the artists and people of Lagamas. The artists also collected material from the immediate environment, appropriating sheet music found in a village attic, taking the yellow soil of the vineyard for an installation, borrowing the Mayor’s concrete mixer to make a musical object for the open-day art performance … and utilising the public places in the village, such as the chapel and the church for concerts and conversations. These reciprocal exchanges encouraged a more intimate connection with the works made in situ and helped break down the boundaries between artist and viewer. Inspired by the nature of the region, the village’s history and its people, the artists created their works in harmony and in tune with their environment.

Artists David Moore and Kate Davis welcoming visitors on Open Day
Artists David Moore and Kate Davis welcoming visitors on Open Day

In order for the Lagamasois to discover the diverse nature of contemporary art, the residency programme was developed with an emphasis on interdisciplinarity. To promote different viewpoints and approaches, a variety of visual artists, performers, musicians and poets were invited to Lagamas. Multidisciplinarity allowed us to open the gateway to art while allowing the public to choose their own path of discovery. The lack of institutional frameworks, gallery walls or dedicated opening times liberated the mind of the visitor. An openness around the display of the works allowed everyone to have an independent view on art, as they were not presented in a closed exhibition but as a space that continues to evolve and communicate in new ways.

The final presentation of the artists’ works at the open-day was marked by friendly encounters and fruitful exchanges. To assist the visitors, a bilingual exhibition guide with explanatory texts, and a plan of the garden of the Château de Lagamas was​​ available. In order to enhance their integration in the environment, the works and installations were scattered, allowing glimpses of an artist’s studio; the changing perspectives of a temporary addition to the façade of the Château; the opportunity to touch a transformable sculpture and change its configuration to speculate a set of musical instruments in the open air; and to walk on an ephemeral installation … A series of jazz improvisations echoed the presentation of works and installations in situ and punctuated the spatial experience of each. A drawing workshop was set up, enabling both old and young to compose a heraldic device of coat of arms and motto combining images and ideas inspired by and reflecting the village of Lagamas. The intention was to lessen the distance between art and audience, offering both tools and an opportunity for everyone to become creative. A conversation in the church of Lagamas with the artists in residence, led by Julia Royse and Louisa Buck, attracted many villagers and visitors from the surrounding area. This meeting allowed the resident artists to showcase their creations and explain their approach to their work, including the link with the space, history and people of Lagamas. With the intention to diversify the opportunities for mediation the open-day was concluded with a Saxophone concert in the church followed by a son et lumière performance illuminating the façade of the Château.

The heart of the artists’ residency was that of reflection and artistic creation. The experience and the experimental approach engaged during the summer of 2013 at the Château de Lagamas, leads me to conclude that this crucible is materially enhanced by the dialogue and activities established within the walls – extraordinary, ephemeral, intense – and the everyday environment expressing humanity and permanence. This form of capital requires patience and continuity to best express its density of expression and enable access to the keys of artistic creativity. It is for this reason that the artist residency at the Château de Lagamas must register its presence both over time and within the community. I eagerly look forward to the residency in Autumn 2014.

Résidence et Communauté

Lagamas, un petit village au sud de la France, dont la population ne compte qu’une centaine d’habitants. Calme et pittoresque, c’est un endroit parfait pour réfléchir et se plonger dans la création. Sauf que l’une des vocations de la Fondation Cornélius, qui y a lancé une résidence d’artistes en 2013, est de réconcilier l’art et le public, d’établir un lien entre l’œuvre, son auteur et son spectateur. C’est ainsi que de nombreuses actions ont été mises en place pour associer la population alentours à la vie de la résidence.

L’implantation d’une résidence d’artistes en milieu rural est devenue une pratique assez courante. En revanche, afin de s’intégrer harmonieusement dans l’environnement local, connaître son public et prendre en compte le mode de vie dans la région s’imposent. Attachés à leur origine et à la nature, les Lagamasois apprécient la vie rurale avec son vin, ses olives et ses activités quotidiennes. Loin de l’agitation des grandes villes, ils sont curieux et ouverts aux nouvelles expériences, mais peu familiers des pratiques de l’art contemporain.

Ainsi nous avons ouvert les portes de la résidence 2013 pour permettre à deux mondes de se rencontrer, celui de la campagne et celui de l’art. Une journée inaugurale, de réguliers jeux de pétanque, des séances de cinéma, des visites d’ateliers, la dégustation de vins et de spécialités locales, toutes ces rencontres ont contribué à créer des relations amicales entre les habitants et les artistes. Les artistes ont aussi emprunté à l’environnement immédiat, s’appropriant des partitions de musique trouvées dans le vide-grenier d’un voisin, détournant la terre jaune de la vigne d’un vigneron du village, empruntant la bétonneuse du maire pour en faire un objet musical lors de la performance du jour de clôture… tout en investissant les lieux publics du village, tels la chapelle et l’église pour des concerts et des conversations. Ces échanges réciproques ont favorisé un lien plus intimiste avec des œuvres réalisées in situ et contribué à gommer les frontières entre l’artiste et le spectateur. Inspirés par la nature de la région, par l’histoire du village et de ses habitants, les artistes réalisaient leurs œuvres en harmonie et à l’écoute de leur environnement.

En vue de faire découvrir aux habitants toute la diversité de la création contemporaine, la programmation de la résidence a été développée avec un accent porté sur la pluridisciplinarité. Afin de favoriser les angles d’approche, des plasticiens, des performeurs, des musiciens et des poètes ont été invités à Lagamas. La multidisciplinarité nous a permis de démultiplier les portes d’entrée à l’art tout en laissant le public choisir son chemin. L’absence de cadres institutionnels, de murs d’exposition ou d’horaires précis, libère le visiteur et son esprit. Le parcours libre autour des œuvres permet à chacun d’avoir un regard autonome sur l’art, dont l’œuvre ne se ferme pas dans un lieu d’expositions mais évolue et communique.

Visitors taking a rest in front of work by Kate Davis and David Moore, during Open Day
Visitors taking a rest in front of a work by Kate Davis and David Moore, during Open Day – Pause devant une œuvre par Kate Davis et David Moore, durant la journée portes-ouvertes

Le moment décisif de la présentation des résultats lors de la journée de clôture a été marqué par des rencontres conviviales et des échanges fructueux. Afin de faciliter le parcours des visiteurs lors du vernissage, un guide d’exposition bilingue a été élaboré. Dans le but de mettre en valeur l’intégration des œuvres dans l’environnement, il a été décidé de refuser la présentation traditionnelle avec des cartels. Ainsi les œuvres et installations étaient disséminées, donnant à voir le cadre d’un studio d’artiste, changeant les perpectives avec un accrochage temporaire sur la façade du Chateau, offrant la possibilité de toucher une sculpture transformable et de changer sa configuration, de spéculer sur un ensemble d’instruments de musique à ciel ouvert, de marcher sur une installation éphémère… Un plan du jardin du château de Lagamas, accompagné par des textes explicatifs, a été mis à disposition du public. Une série d’improvisations de jazz en écho aux œuvres et installations présentées in situ a d’autre part ponctué l’expérience spatiale de chacun. Un atelier a été installé, permettant aux petits et grands de composer – selon leur inspiration et en résonnance avec le village de Lagamas – des blasons mêlant dessin et devise. L’intention était de rompre la distance entre art et audience, en proposant des outils et pistes pour que chacun puisse s’approprier la créativité et la rendre visible. Une conversation avec les artistes en résidence, menée par Julia Royse et Louisa Buck, a rassemblé dans l’église les nombreux villageois et visiteurs venus des alentours. Cette rencontre a permis aux artistes résidents de présenter leurs créations et d’expliquer leur approche de travail, notamment le lien avec l’espace, son histoire et ses habitants. Toujours dans l’intention de diversifier les axes de médiation, la journée portes-ouvertes s’est conclu par un concert de cuivres dans l’église suivi par un happening de son et lumière avec pour fonds de décor la façade du château.

Amuse-Bouches for Friday pétanque, prepared by Chefs Thierry Bertin and Alexis Blondle
Amuse-Bouches for Friday pétanque, prepared by Chefs Thierry Bertin and Alexis Blondel

Le cœur d’une résidence d’artistes demeure la réflexion et la création artistique. L’expérience, disons même l’approche expérimentale conduite durant l’été 2013 au château de Lagamas, m’amène à penser que ce creuset est matériellement enrichi par le dialogue établi entre ce qui se passe au sein des murs – extraordinaire, éphémère, intense, et la vie quotidienne alentours – faite d’humanité et de permanence, capital qui requiert patience et continuité pour exprimer au mieux sa densité d’expression et lui apporter des clefs d’accès à la créativité artistique. C’est pourquoi la résidence d’artistes du Château de Lagamas doit s’inscrire dans le temps et dans la communauté. J’attends avec impatience le millésime 2014 durant l’automne prochain.